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Le public

Tout d'abord, il importe de replacer le public à la place prépondérante qui lui est due : le public est ce pourquoi l'Art existe, est ce pourquoi l'Art continue de vivre et d'évoluer, aucun artiste n'exerce de son art pour lui-même, juste pour satisfaire l'artiste qu'il est, il faut toujours, pour pouvoir attribuer l'adjectif d'« artistique » à quelque chose, qu'il soit vu par l'½il d'un public, lui seul décide de ce qui est Art et de ce qui ne l'est pas. C'est là l'essence même de la subjectivité de l'Art : le public étant multiple, et différent de l'artiste, le sens que ce public attribue à ce qu'il qualifie d'artistique est aussi divers que varié. De plus, le public étant dans une perpétuelle mouvance, l'Art, lui aussi mue à travers le regard neuf que le public lui porte, ceci explique qu'une même ½uvre sera perçue de manière différente en fonction de facteurs spatio-temporels : incomprise en un temps, puis complètement acceptée, puis reniée, puis interdite, puis oubliée, etc etc. Ainsi, l'art et le public son inexorablement lié l'un à l'autre, et si l'un venait à disparaître, l'autre ne pourrait lui survivre.

Par cette idée, il est primordial, de songer au public lorsque l'on pratique son art : le comédien doit penser au spectateur, le peintre et le sculpteur doivent inventer leur ½uvre en voyant le public qui la regardera, l'auteur doit imaginer ses lecteurs, le compositeur, doit concevoir son auditoire... Bien entendu, ce processus se fait la plupart du temps le plus naturellement du monde, il n'est pas besoin de se torturer pour imaginer son public, c'est un processus aisé, presque inconscient, qui nous permet de nous voir d'une manière critique et donc, bénéfique.

Mais parlons théâtre maintenant. Le théâtre est un art tout particulier, au même titre que la danse et dans une certaine mesure que la musique parce qu'il est instantané. Le public et les artistes sont réunis pour produire l'Art, ce qui n'est pas le cas d'un peintre ou d'un sculpteur, qui travail généralement seul dans son atelier, et qui, une fois l'½uvre terminée, l'expose dans un musée, il n'y a pas la même relation au théâtre et dans les arts de la scène en général, le théâtre est un art éphémère, un art de l'instant, un art ou l'erreur n'est pas permise parce qu'il n'est pas permis de recommencer, un art ou le public et l'artiste communiquent directement et participent ensemble à la création et à la réussite du spectacle.

Le positionnement du public par rapport aux comédiens et à la scène revêt désormais une importance capitale : il nous parait évident dorénavant que le public soit face à nous, en ligne face à la scène (scène qui sera de préférence rectangulaire), ou à la rigueur, en arc de cercle comme le faisaient les théâtres italiens et les opéras et bien avant eux, les théâtres antiques. Mais ce n'est pas là une évidence raisonnable, il est d'autres manières de positionner le public qui peuvent être plus cohérentes, plus transmissives, plus efficaces que ces conventions centenaires et poussiéreuses : Brecht et Artaud avaient déjà proposés des alternatives à ce théâtre dit « classique », borné, et conventionnel : ils tentèrent de placer le public au centre de plusieurs cercles concentriques.Centre autour duquel serait placé un éventuel orchestre dans un cercle plus large, et autour duquel, dans un dernier cercle, se placeraient les comédiens. Ce théâtre à 360 degrés est porteur d'une autre vision que le théâtre comme nous le connaissons et vecteur d'autres messages. Mais ne pourrions nous pas imaginer d'autres endroits ou placer le public ? Pourquoi ne pas l'installer tout autour de la scène, ou sur la scène, à la place des comédiens, ou sur scène avec les comédiens, ou dos à la scène, ou au dessus de la scène, ... ? Mais pour nous permettre de développer encore plus en profondeur cette conception, il faudrait pouvoir supprimer le mot scène, il est trop restrictif : souvent surélevée par rapport aux spectateurs, et séparée d'eux, parfois, par une fosse d'orchestre, correctement délimitée, découpée en petites parties qui ont toutes leurs spécificités : le procénium, l'avant-scène, le jardin, la cour; la scène nous bloque ! Supprimons cette idée de scène et désignons cet espace par d'autres termes, appelons cela « espace scénique » ou mieux, « espace de jeu ». Cet « espace de jeu » est désormais beaucoup plus flexible, malléable à volonté, il peut être placé dans des endroits inattendus, exigus, des couloirs, des escaliers, des ascenseurs, des lieux publics,... des lieux dans lesquels le public passerait, le public bougerait, le public serait à coté de nous, entre nous... Un public en perpétuelle mouvance, pour un spectacle mouvant et haut en couleur, encore plus éphémère, encore plus gravé dans notre époque.

Il importe désormais, que nous nous posions la question de la place qu'occupera le public lors d'un spectacle, et de l'importance que nous lui accorderons. C'est là l'essence même de l'art.

M0tty.

(Cet article risque de se voir encore modifier dans les prochains jours. Merci de votre compréhension)
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# Posté le jeudi 06 septembre 2007 14:17

Modifié le samedi 01 décembre 2007 09:39

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